TitaBlogskaïa

Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Les Aventuriers de Mars – 9

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 3:35

Ce qui est fou est que lorsque je me réveille j’ai oublié.

Non, chérie, tu es confinée et l’Heure ce n’est pas les petites courses

C’est ce que tu vas faire de ta journée, essorée à mort

Envoie le bois, tu fais quoi ?

Les Aventuriers de Mars – 8

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 3:29

Nous sommes légion à avoir envisagé 2020.

Tout était accordé, nos planètes étaient alignées, on en avait marre de morfler.

Les Aventuriers de Mars – 7

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 3:21

Je me dépèche d’écrire avant la fin du mois de mars.

Il n’y a jamais eu de guerre. Il y a juste le Printemps et c’est plus fort que tout.

Il n’y a pas de héros, nous sommes tous des résistants.

On verra plus tard.

Les Aventuriers de Mars – 6

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 3:15

Puisque l’heure est avancée et que le nombre de morts est incontinent et des forces publiques salopes non contenues, allons y.

Je ne voterai plus. Vous m’avez éteinte. Maintenant je vais vous combattre. Je vais tout faire pour que tout tombe. Avec les autres. J’ai la nausée. J’aurais tout fait pour survivre, j’ai tout perdu, je suis bonne à placer des conserves en rayon, sérieux, tout est bon mais ne pas rester immobile, je prends tout de ce qui s’offre à moi, toute la lutte, tout ce qui est sombre et pas encore organisé. Je prends.

Les Aventuriers de Mars – 5

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 2:59

L’autre soir j’ai pleuré mes vieux amants. Ca m’est venu comme ça à cause de l’alcool.

J’ai pleuré face à mon Amour, j’ai eu honte mais la douleur était « intransibile ».

Partons ! Tu sais que nous vivrons une hécatombe. Je reste à Paname, je reste ici.

Ma vie c’est Ici, c’est Paris. Je connais suffisamment de monde, les dealers, la vie quoi.

Tu sais que nous vivrons une hécatombe Baby.

Les Aventuriers de Mars – 4

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 2:42

Avant que le mois ne s’achève, le mois du Bilan comptable qui me grève d’angoisse.

On se serre dans les bras dans le couvre-feu

On brave

On livre à risques

On boit plus qu’il ne faudrait

On a toujours Envie

Les Aventuriers de Mars 2020 – 3

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 1:14

L’autre soir j’ai eu une vision très nette de cet apocalypse. Je l’ai vu grandiose comme un poster de Frazetta. J’ai voulu le regarder comme on le faisait quand nous avions 15 ans et que nous attendions une guerre nucléaire dans les années 80 allongés sur nos lits.

Je me souviens de Tchernobyl, le temps était sublime déjà décimé par le Sida. Nos avions tous pris des bains de soleil à peine obscurci par le nuage. Nous avions tous pris toutes sortes de risques, nous ne portions jamais de capote ni pour la vie à suivre. Nous étions entourés de drogue, de sida et d’amiante vive. Nous avions la Télé, le sexe nouveau, les femmes modernes et les hommes outranciers. Les PD, les trans, j’ai tout pris.

Les Aventuriers de Mars 2020 – 2

In Uncategorized on 28 mars 2020 at 12:43

TitaBlogskaïa

Tout s’est restreint autour de la Poésie.
Finalement, après toutes ces années au cours desquelles la Poésie a été moquée et les poètes mis à part, reviennent leurs mots. Il y aura beaucoup de morts que nous coucherons sur les tendres mots de la Poésie car personne ne pourra assister à leurs funérailles.

Je suis défaite par une panique qui s’éffondre au fur et à mesure de son érection . Je flippe pour mon boulot. Tous mes clients ont fermé, sauf Un et c’est le meilleur microcosme puisque comme une matrice imperturbable, le e-commerce ne connait aucune crise et son service se propage et se contient et fonctionne dans la grande et nouvelle réorganisation du Travail, à domicile, haché, interrompu, mêlé maintenant au privé de nos vies mais vivant, indispensable et mené par une génération mutante qui est déjà exercée au confinement depuis un bail. Je suis en formation de ce Temps. L’Argent rentre quand même par mauvais Temps. A condition de rester comme eux aux commandes, à éluder la vie réelle pour lui préférer le prochain tournant sur la Toile qui nous sauve des pénuries et du manque de rêves. Je suis là à tenir les comptes et je suis bien aise de tenir ma fonction dans le chaos des conférences-call avec ma propre musique en arrière fond. Je me lève tous les matins et je me fais belle, je mets du rouge à lèvres très fort et je porte Opium pour affronter ce truc qui me dérange de ne pas aller au taf, de ne plus prendre le métro qui me manque à mort et aussi de sentir l’Humanité.

L’amour au temps du Corona j’en suis. Je suis en résistance. J’atteste de tout pour lui. Je le retrouve où je peux. Je prends les risques de ceux qui sans être vraiment vieux ne veulent plus spécialement de la suite, ceux qui sont déjà sur la touche et qui ont bien rangé leurs affaires pour ne pas plomber leurs fils. J’en suis. J’en suis de ne pas avoir peur. J’aime la vie donc je serai bien prise par la mort. Tout est bien.

C’est un temps où parler des choses essentielles. On ne challenge plus Baby, on a envie de Faire l’Amour, c’est fini Tinder, on regrette la peau, l’haleine, toutes les caresses jamais déployées au lendemain d’une soirée 3C. C’est fini l’Epoque. On, vous allez devenir grands. Vous allez vous démerder et faire comme vous voudrez sans Nous, car on va y passer. Ce sera place nette et tout ce que vous vouliez faire, vous vous y coltinerez. Tout est bien. Ce qui m’étreint c’est votre manque de religion. Ce qui me rassure est votre vie spirituelle nouvelle assise Octopus sur toutes sortes de croyances qui vous conviennent.

Je parle au fur et à mesure de ce qui m’étreint. J’ai vécue confinée dans ma toxicomanie pendant des années. J’avais une vie de schizophrène et j’étais dédoublée. Ma vie a toujours été un royaume où j’ai dansé devant le miroir en écoutant de la musique. J’ai tous les livres, j’ai suffisamment de papier pour dessiner, j’ai tous les fards dont me parer, j’ai le souvenir de tous ceux que j’ai aimés. Rien ne me manquera jamais sinon les terrasses de Paris et mes amis attablés à leurs tables, bravaches, saouls, stupides et amoureux et prompts à la connerie et à la blague, à l’outrance.

Ce soir, on revoit le Grand Jeu. C’est le Contre-Ciel.

Les Aventuriers de Mars 2020 – 1

In Uncategorized on 22 mars 2020 at 9:45

Après avoir été dépossédés de l’espace public et de l’économie, nous sommes chacun dans nos cercueils suspendus dans la ville. Je suis sortie pour acheter du vin et le ciel m’a éblouie au sortir de mon royaume. Toute la journée je me suis déguisée, fardée, parée, j’ai dansé, j’ai passé ce temps à écouter de la musique, à changer les tableaux de place, à me faire les ongles carmin, à cirer mon cuir usé aux coudes, à répondre peu aux appels, j’étais vraiment seule, un peu comme je l’ai toujours fait pour survivre aux hécatombes.

Je me souviens de ce que j’avais désiré avant Tout Ca. Je voulais Aimer et tu es venu me chercher pour m’attacher à Toi pour toujours. Je voulais une chatte qui m’accompagnerait aujourd’hui si je n’avais pas été réticente. J’aurais appris à tirer au stand et j’aurais eu envie d’une arme ou de savoir me servir d’un couteau ou d’une corde à sauter bien pliée. Toujours prête à me battre. L’effondrement est toujours un peu long à se manifester. L’Etat s’érige en Directeur suprême des Opérations et nous mène à la ruine et à la division alors que nous Citoyens pourrions nous organiser et nous entraider bien plus efficacement. Je ne voterai jamais plus. On ne m’y reprendra plus jamais.

Maintenant chaque jour compte et je dois m’extraire du charnier. C’est très difficile de s’informer correctement, de comprendre les consignes, de faire les demandes, de se connecter, d’avoir le son en réunion, de travailler à des tâches brusquement vidées de leur sens, de recouver l’argent, de suivre les projets. Je me lève le matin saisie par l’éventail des possibles de me recoucher, de revenir prête, de m’être faite belle pour cette nouvelle journée étrange où je ne sortirai pas ni pour rejoindre personne. Mais je mets du rouge à lèvres et Opium comme avant pour descendre la poubelle.

Françoise Delcarte – Je promène mes plages…

In Uncategorized on 10 mars 2020 at 7:34

BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

Je promène mes plages.
Jadis, j’ai dû m’aimer.

À présent je réside
En de vieux temps tannés,
Dont le jour seul décide.

Demain nous fera face,
Dans des étangs ruinés,
J’écrirai ma préface.

Rien n’aura sur la terre
Le droit d’être l’aîné,
Rien,
Si non dans la pierre,
La fissure,
Et le fait d’avoir joué l’été.

***

Françoise Delcarte (1936-1995) Sables (Seghers, 1969)

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