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Invasion barbare

In Uncategorized on 20 août 2013 at 12:48

J’ai retrouvé une photo de toi, Barbara. Tu es devant une fontaine jaillissante, en noir et blanc, le soleil éblouissant te transforme en grimace et j’ai quelque amertume mais aussi du plaisir à me souvenir de toi. Comme tu portais bien ton prénom de bourreau. Nous nous étions jaugées lors du premier TP. Tu m’avais regardée de ton regard plissé de myope, en mordillant la branche droite de tes lunettes entre tes dents bien plantées et je m’étais dit, tu devras te méfier d’elle, puis nous nous sommes souri et j’ai commencé à t’aimer. Tu étais à l’aise en cours, tu avais redoublé ta première année. Tu étais intelligente, brillante, élégante avec tes jupes de marque et tes bottes cavalières, toi, fille de chirurgien, confortablement installée dans votre villa, entourée et soutenue par une mère disponible et affable, avec laquelle tu t’habillais à Paris car, à Grenoble, les boutiques n’étaient pas à la hauteur de votre goût. Tu écrivais de belles lettres à un dandy resté à Paris, d’une belle écriture penchée où je lisais pulpe, bel amour et femme radieuse. Je te consolais de ta peau sèche et tes ongles rongés et te rappelais le charme de tes yeux légèrement bridés hérités de ta mère et de ta bouche aux lèvres pleines que tu fardais à l’inter cours d’un coup d’index trempé dans un tube de rouge Chanel. De nous tous, tu étais la seule à posséder une voiture. C’était une jolie Peugeot verte de collection dans laquelle tu nous ramenais parfois de nos soirées étudiantes paumées. Tu conduisais comme un pied, combien de fois tu faillis nous tuer. Etudier tenait de la jubilation, avec toi, de la fusion intellectuelle. Nous partagions l’étourdissement d’apprendre et de réfléchir dans l’atmosphère moite et studieuse de la bibliothèque. Nous lisions Libération, nous lui écrivions. Nous voulions des succès de femmes libres et tous les garçons. Et puis je t’ai perdue, je crois cet été là, de t’avoir parlé du viol et de ne savoir que faire de mon nouvel abîme. Bien sûr, je n’étais plus la même et je ne partageais plus cette certitude de réussir que nous entretenions. Je perdis peu à peu crédit à tes yeux, après mon échec, retournée à Paris, en mon absence, tu cherchas même à t’emparer de mon amoureux. Lorsque je suis revenue pour de courtes vacances, nous eûmes une discussion pendant laquelle je t’éreintais avec plaisir et je te regardais pleurer dans cette voiture avec la satisfaction de celle qui retrouve sa morgue après l’humiliation. Après ce fut fini.

Il y a quelques années, je t’ai cherchée dans l’annuaire et je t’ai trouvée, tu étais retournée dans le Nord. J’ai composé ton numéro de téléphone et tu m’as avoué que tu étais surprise que je t’appelle, tu m’as même dit que tu n’en aurais jamais eu l’idée. Comme avant, tu ne m’interrogeas pas ou bien à peine et tu déblatéras sur toi et ton ventre que tu avais rond d’une fille à naître. Mon fruit à moi que je te présentais en mots de pudeur et d’ombres t’arracha tout de même une exclamation de fausse connivence mais non, il n’y avait plus rien et bientôt je raccrochai, dans un sourire mauvais.

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  1. Bonjour, j’aurai voulu en lire plus, c’est extrait d’un livre ?

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